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Hôpital Raymond-Poincaré AP-HP : « un exosquelette pour nos patients en rééducation physique »

Reportage Mis à jour le mardi 07 juin 2022

Jouer la carte de l’innovation en misant - via l’UGAP - sur un exosquelette dédié à la rééducation physique. Tel est le défi relevé par l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP, à Garches, dans les Hauts-de-Seine, établissement de référence dans la prise en charge des troubles locomoteurs et neurologiques. Le docteur Thibaud Lansaman, praticien hospitalier au sein de ce centre de l’AP-HP, revient sur les enjeux d’utilisation d’une telle solution Made in France conçue par la start-up parisienne Wandercraft.

exosquelette dédié à la rééducation physique UGAP

Docteur Thibaud Lansaman, praticien hospitalier au sein de ce centre de l’AP-HP


-Pourquoi s’être lancé – et pour la première fois - dans l’achat d’un exosquelette, à savoir le robot Atalante, pour la rééducation physique de vos patients ?

exosquelette dédié à la rééducation physique UGAP

Alors que les exosquelettes connaissent un certain boom depuis environ les cinq dernières années dans certains services de rééducation hospitaliers, se pencher sur l’intérêt potentiel d’une telle technologie nous paraissait incontournable. Une réflexion menée assez en amont en interne, eut égard la spécialité de notre hôpital : la réadaptation des blessés médullaires (paraplégiques, tétraplégiques) et des patients cérébro-lésés (victimes d’AVC, de traumatisme crânien…). Dès lors, nos recherches se sont portées sur le robot Atalante, de la société Wandercraft, dont d’autres établissements, déjà adeptes, avaient pu nous faire part de leurs premiers retours d’expérience(en Ile-de-France, l’hôpital Rothschild AP-HP ou la clinique des Trois Soleils y recourent par exemple, ndlr). Mais c’est surtout grâce à l’obtention d’un financement - via un appel à projet dédié aux innovations santé - que nous avons in fine décidé de franchir le cap ! D’autant qu’un tel achat complexe a largement été facilité par la disponibilité du produit à l’UGAP, et donc en dispense d’appel d’offre. Il a ainsi été livré dans nos locaux en septembre 2021, la prestation incluant la formation d’une semaine de nos kinésithérapeutes, organisée en novembre dernier (voir l’encadré).



-Quelle valeur ajoutée apporte l’exosquelette en terme de rééducation fonctionnelle ?

L’intérêt premier d’une telle innovation est de pouvoir libérer la marche. Et ce, en offrant la possibilité à des paraplégiques par exemple – non seulement de se mettre debout – mais aussi d’avancer pas à pas, se retourner, faire de la marche arrière, des pas latéraux, des squats, etc. tout en soulageant a minima le rééducateur. Et ce, a contrario donc, d’autres appareils médicaux robotisés déjà utilisés par nos services qui permettent certes la verticalisation du patient, mais avec comme principal exercice possible, la seule marche statique, sur un tapis. Après une petite vingtaine de séances de rééducation effectuées auprès d’une petite dizaine de patients volontaires, l’intérêt de recourir à un tel exosquelette se confirme donc, même si nous en sommes encore à la phase de test. Ainsi, l’idée est d’incorporer toujours mieux ce nouvel outil complexe dans nos pratiques, notre organisation. D’où l’importance pour nos équipes d’avoir été accompagnées pour mieux l’utiliser ! D’autant que pour nos patients, souvent de grands blessés, c’est aussi une nouvelle appréhension à gérer face à cette évolution dynamique en terme de rééducation. Si sur le plan de l’équilibre des intéressés et de la récupération de leurs membres inférieurs, nous ne sommes pas encore capables de mesurer les progrès réalisés –seule une étude comparative approfondie le permettra-, concernant d’autres aspects de santé –posture du tronc, rythme cardiaque, digestion, neuro-orthopédie, bien-être psychologique… -, les bienfaits semblent probants.

exosquelette dédié à la rééducation physique UGAP

exosquelette dédié à la rééducation physique UGAP


-Quel déploiement plus large envisagez-vous à moyen terme pour optimiser l’usage de la solution ?

Au sein de notre unité des blessés médullaires et celle des patients cérébro-lésés, l’objectif est bien de monter en charge auprès d’un panel plus large de patients stabilisés sur le plan médical. Par ailleurs, il semble tout à fait opportun d’étendre in fine l’usage de l’exosquelette aux patients en consultation en hôpital de jour, souffrant, donc, d’autres pathologies. Enfin, pour permettre à toujours plus de personnes non hospitalisées de jouir de cette innovation et d’acquérir plus d’autonomie dans leur vie quotidienne, il serait tout à fait pertinent d’envisager à terme le recours à l’exosquelette à leur domicile. Ce qui suppose pour Wandercraft, de développer de nouveaux modèles adaptés aux particuliers (un projet à l’étude au sein de la start-up, ndlr).

« Pouvoir jouer au ping-pong avec des patients ! »

« Pour certains patients qui ne pourront plus remarcher, cela peut être satisfaisant de se mettre à nouveau debout et surtout de faire quelques pas ». Depuis début 2022, Florie Goulard, kinésithérapeute à l’unité des blessés médullaires de l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP, a déjà dispensé plusieurs séances de rééducation avec l’exosquelette Atalante. De quoi constituer, selon elle, « un outil complémentaire aux autres techniques et appareils à disposition ». Mais pour l’intéressée, l’apport d’un tel exosquelette, surtout pour les personnes en fauteuil ayant le plus de séquelles, « est d’abord d’optimiser leur verticalisation et l’équilibre de leur tronc, plutôt que de favoriser la marche en tant que telle qui reste assez robotisée ». Un avis partagé par Aymeric Fernet, kinésithérapeute à l’unité des patients cérébro-lésés : « faire revivre un cycle de marche à des patients contribue, en effet, à leur bien-être psychologique tandis que pouvoir mieux mettre en résistance leurs mouvements apporte un plus sur le plan fonctionnel. Avec l’un d’entre eux, nous avons même pu jouer au ping-pong ! ». Si les rééducateurs ont d’abord veillé à tester l’outil entre eux avant de l’expérimenter en rééducation, reste encore « à améliorer notre prise en main sur la durée, souligne Aymeric Fernet, avec plus d’heures au compteurs, nous deviendrons certainement très bons en terme de manipulation, comme avec n’importe quel nouvel appareil à appréhender. » D’autant que l’autre intérêt d’Atalante est de pouvoir aussi « être installé en moins de temps que d’autres systèmes, soit en une dizaine de minutes ». Enfin, les équipes soulignent l’importance de l’accompagnement à l’utilisation par le fournisseur, sur le long terme, au-delà de la formation initiale dispensée. « En cas de questions, besoins de notre part, ils viennent sur site pour nous appuyer, un soutien clé pour nous ».



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