Le 16 juin 2026, l’UGAP, la section Île-de-France de l’AITF et Efficacity ont réuni à Champs-sur-Marne des collectivités et acteurs publics autour d’un enjeu central : accélérer la transition écologique et la décarbonation des territoires grâce à des outils d’aide à la décision, à la donnée et aux solutions numériques. Entre retours d’expérience, présentation d’offres opérationnelles et visite de Sense-City, l’après-midi a illustré une conviction commune : pour réussir la transformation bas carbone des villes, il faut mieux mesurer, mieux modéliser et mieux piloter l’action publique.
Décarboner les villes : passer de l’intention à la décision éclairée
Cet après-midi professionnel consacré aux « solutions pour accompagner les transitions écologiques et la décarbonation des territoires » a permis de croiser
les regards de la recherche appliquée, des collectivités et de l’achat public. L’événement, construit autour de trois interventions complémentaires, a mis
en lumière un changement de méthode indispensable pour les décideurs locaux : ne plus engager des investissements urbains, énergétiques ou patrimoniaux sans avoir préalablement exploré
plusieurs scénarios, comparé leurs impacts et objectivé leurs bénéfices.
Cette approche répond à une réalité désormais largement partagée par les collectivités : la transition écologique des territoires ne peut plus reposer uniquement sur des
objectifs généraux ou des diagnostics ponctuels. Elle exige des outils robustes, capables de relier trajectoires carbone, coûts d’investissement, confort des usagers,
performance énergétique et faisabilité opérationnelle. C’est précisément le fil rouge qui a guidé les échanges entre l’UGAP, l’AITF, Efficacity et les collectivités
représentées.
Efficacity : des jumeaux numériques pour accélérer la transition bas carbone
Michel Salem-Sermanet, directeur général de l’institut, a rappelé le rôle de cet organisme français de recherche et développement dédié à la décarbonation des villes. Créé en 2014
dans le cadre des instituts pour la transition énergétique, Efficacity développe des méthodes et des logiciels d’aide à la décision pour aider les élus et les services techniques
à faire les bons choix en matière d’aménagement, de rénovation urbaine, de planification énergétique et de stratégie climat.
L’un des messages clés de cette intervention tient en une idée simple : pour décarboner efficacement, il faut d’abord mesurer. À l’échelle d’un quartier, d’un patrimoine bâti ou
d’une ville entière, la modélisation permet de comparer de nombreux scénarios avant de décider. Les outils développés par Efficacity fonctionnent ainsi comme des
jumeaux numériques énergétiques et bas carbone. Ils offrent aux collectivités la possibilité d’évaluer différentes variantes de projet, de tester des choix
techniques et d’identifier les leviers les plus performants en termes d’énergie, de carbone, de coût et de confort.
Cette logique s’applique notamment aux projets d’aménagement urbain, dont l’impact carbone représente un enjeu majeur pour les territoires. À travers la méthode
Quartier Énergie Carbone et l’outil UrbanPrint, Efficacity contribue à objectiver les performances environnementales des opérations urbaines, à limiter le risque de greenwashing
et à orienter les projets vers les actions les plus utiles : choix des matériaux, stratégie énergétique, mobilité, espaces publics, chantier ou changement d’usage des sols.
Du décret tertiaire aux plans climat : rendre les stratégies territoriales opérationnelles
Au-delà de l’aménagement, l’après-midi a montré combien la rénovation énergétique du patrimoine public constitue un terrain d’application concret pour ces nouvelles
méthodes. Face aux obligations du décret tertiaire, les collectivités doivent réduire fortement les consommations de leurs bâtiments, tout en maîtrisant leurs
investissements. L’enjeu n’est donc pas seulement de réaliser des audits, mais de déterminer le meilleur chemin d’investissement : quels bâtiments traiter en priorité, quels travaux engager,
dans quel ordre et avec quel retour attendu.
Cette méthode s’étend également à la planification énergétique locale. Les schémas directeurs des réseaux de chaleur et de froid, les plans locaux chaleur
et froid ou encore les plans climat-air-énergie territoriaux nécessitent une analyse fine des gisements disponibles : énergies renouvelables, chaleur de
récupération, géothermie, data centers, réseaux d’eaux usées, stations d’épuration ou encore process industriels. En identifiant ces ressources et en les croisant avec les besoins des
bâtiments raccordables, les collectivités peuvent construire des stratégies plus précises, plus sobres et plus résilientes.
L’objectif est clair : transformer les plans climat en véritables outils de pilotage. Plutôt qu’un document figé, la collectivité doit pouvoir disposer d’un
cadre vivant, mis à jour régulièrement, capable de relier les actions engagées à une trajectoire de décarbonation. Cette capacité à suivre, actualiser et partager les
indicateurs est un facteur déterminant pour mobiliser les directions métiers, les élus, les partenaires économiques et les usagers.
Noisy-le-Grand : un retour d’expérience concret sur la rénovation énergétique
Le retour d’expérience du projet RECITAL de Noisy-le-Grand, présenté par Bastien Scacco, directeur des bâtiments et de l’énergie, a donné une illustration opérationnelle de cette approche. Ville
d’environ 70 000 habitants, Noisy-le-Grand dispose d’un patrimoine public d’environ 200 bâtiments communaux, répartis sur 92 sites et représentant près de 200 000 m². L’enjeu
initial était majeur : rénover massivement ce patrimoine, parfois vétuste, tout en optimisant les investissements nécessaires pour répondre aux objectifs du décret tertiaire.
La démarche engagée a mobilisé plusieurs partenaires autour d’une logique de données, de simulation et de pilotage. Efficacity est intervenu sur
la modélisation du patrimoine et les simulations énergétiques, tandis que d’autres acteurs ont contribué à la collecte des données, à l’hypervision énergétique et
à l’intelligence artificielle. Des capteurs ont notamment été déployés dans les bâtiments afin de suivre des paramètres comme la température, le CO2 ou l’hygrométrie, même si la
remontée et la fiabilité des données restent des défis techniques à résoudre.
Les résultats présentés sont significatifs. Alors que les premières estimations évoquaient environ 80 millions d’euros d’investissement pour atteindre les objectifs, les analyses réalisées
permettent désormais d’envisager une trajectoire de travaux comprise entre 15 et 20 millions d’euros hors taxes pour atteindre au moins 50 % d’économies d’énergie d’ici 2030. À
court terme, le projet vise également 20 % de réduction des consommations, avec plusieurs centaines de recommandations d’optimisation identifiées sur le patrimoine.
Territoires de demain : des collectivités connectées et durables
Pierre Nguyen, directeur régional territorial adjoint Île-de-France de l’UGAP, a présenté Territoires de demain, une offre
globale destinée à accompagner les collectivités dans leurs projets de transition. Le dispositif repose sur une approche intégrée associant capteurs,
systèmes d’information, études, logiciels, plateformes, services d’installation et accompagnement opérationnel.
L’offre s’articule autour de plusieurs verticales métiers : efficacité énergétique, anticipation et prévention des risques, transition environnementale,
mobilité durable et gouvernance de la donnée. L’objectif n’est pas de proposer une solution standardisée, mais de partir des problématiques rencontrées par
les collectivités pour construire une réponse adaptée. Cette posture marque une évolution importante : l’UGAP se positionne non seulement comme centrale d’achat public, mais aussi comme
facilitateur de projets complexes au service de territoires plus intelligents, plus sobres et plus résilients.
Les cas d’usage évoqués illustrent la diversité des applications possibles : stationnement intelligent, suivi de l’état de la voirie,
détection des fuites d’eau, éclairage public intelligent, optimisation de la collecte des déchets, prévention des risques d’inondation, détection des dépôts
sauvages ou encore gestion énergétique des bâtiments. Tous reposent sur un même principe : collecter des données utiles, les croiser dans des plateformes adaptées et les
transformer en décisions concrètes.
Sense-City : tester le climat de demain avant d’agir sur le terrain
Pour prolonger les échanges, les participants ont visité Sense-City, équipement expérimental situé à Champs-sur-Marne. Cette
chambre climatique amovible permet de reproduire des conditions climatiques allant de -10 à 40 °C sur des mini-villes instrumentées. En modélisant les effets du
climat sur des infrastructures urbaines à échelle réduite, Sense-City offre un terrain d’expérimentation précieux avant le déploiement de solutions en situation réelle.
Cette visite a donné une dimension concrète aux thèmes abordés pendant l’après-midi. Elle a montré que la décarbonation des territoires passe aussi par
l’expérimentation, la mesure et la validation des solutions dans des environnements contrôlés. À l’heure où les collectivités doivent adapter leurs villes aux
effets du changement climatique, disposer de lieux capables de tester des matériaux, capteurs, dispositifs urbains ou scénarios climatiques constitue un levier stratégique.
Un événement au service de l’action publique locale
Cette rencontre a confirmé l’importance d’une approche collective pour accélérer les transitions écologiques. Les solutions existent, mais leur réussite dépend de la
capacité des acteurs publics à changer d’échelle, à partager les retours d’expérience et à faire évoluer les pratiques. La donnée, les jumeaux numériques,
les plateformes de pilotage et les achats publics innovants ne sont pas des fins en soi : ils deviennent utiles lorsqu’ils aident les territoires à décider
plus vite, à investir mieux et à mesurer les résultats obtenus.
Cet après-midi a ainsi offert un panorama complet des enjeux et des leviers de la décarbonation territoriale : concevoir des quartiers bas carbone, rénover
le patrimoine public, optimiser les réseaux de chaleur et de froid, rendre les plans climat plus opérationnels, développer des
usages connectés et tester les innovations avant leur généralisation. Autant de pistes concrètes pour faire des territoires des espaces plus sobres, plus durables et mieux
préparés aux défis climatiques.