
Qu'est-ce qui a motivé Mandelieu à s'intéresser à la solution des filets connectés ?
Sébastien Leroy
« En tant que ville de bord de mer traversée par des cours d'eau et située au pied d'un relief assez prononcé qui est celui de l’Estérel, nous avons toujours été face à la problématique des rejets en mer de tout ce qui ruisselait sur l'espace public.
Nous avons d’abord testé une solution assez simple, inspirée de filets que j’avais pu observer en Australie, mais elle n’était pas compatible avec notre deuxième problématique qui est celle des inondations. Il nous fallait des produits plus robustes.
J’ai alors pris contact avec Pollustock, entreprise mandolocienne, qui travaillait justement sur la mise au point de filets compatibles avec les fluides hydrauliques. Nous avons pu rapidement tester la solution qui s’est révélée parfaitement adaptée à nos besoins. Il ne restait plus qu’à déployer des filets dans toute la ville. »
Quel a été le rôle de Capgemini dans ce projet ?
Nina Bouchet
« En tant que leader sur la partie data/IT, nous nous sommes demandé comment nous pouvions créer un filet, un panier augmenté, pour compléter la technologie proposée par Pollustock. L’objectif premier était de pouvoir mieux suivre les déchets et mieux prévoir le remplissage pour optimiser l'exploitation afin que les filets soient vidés au bon moment. Nous souhaitions également pouvoir croiser ces données avec des éléments externes afin de comprendre pourquoi certaines zones sont plus touchées que d’autres et finalement proposer les adaptations nécessaires. »
Avant le lancement du projet, quel était l'état de la situation ?
Sébastien Leroy
« Mandelieu avait commencé à s'équiper de plusieurs dizaines de paniers, de filets de grandes récupérations... Ce projet s’est présenté comme un accélérateur et nous a permis de passer à l’étape supérieure en couvrant 100% de la ville.
Notre objectif est également d’inspirer, de devenir un modèle pour que cette solution soit reprise sur les côtes françaises, y compris en Outre-mer, et à terme, je l'espère, dans les autres pays européens et sur le pourtour méditerranéen. »
Quel constat faites-vous aujourd’hui sur l’efficacité de ces filets ?
Nina Bouchet
« Ces filets ont l’avantage de pouvoir intercepter des macro-déchets comme des micro-déchets presque invisibles à l’œil humain. On a également récupéré plusieurs dizaines de milliers de mégots depuis le début de ce projet, il y a maintenant 4 ans.
Si nous sommes pleinement convaincus de leur efficacité, notre objectif est aujourd’hui de faire en sorte qu’ils soient déployés le plus vite possible sur l’ensemble du territoire. Car malgré la prévention, il y aura toujours des déchets. Les citoyens ne réalisent pas que ce qu’on jette, même loin à l’intérieur des terres, finit toujours à la mer. »
En quoi l’aspect connecté est-il intéressant ?
Sébastien Leroy
« Le fait que ces filets soient connectés nous permet tout d’abord d’identifier les réseaux et ce qui se passe sur chacun. Nous avons notamment pu constater que plus le citoyen est proche de l’eau, plus il a tendance à utiliser les poubelles. L’inverse se vérifie également.
Grâce aux capteurs nous allons avoir une alerte en temps réel de l'état de remplissage, ce qui nous permet d’optimiser nos tournées, de prioriser les paniers à nettoyer, pour éviter les débordements en cas de fortes pluies, notamment. »
Actuellement, combien de filets sont mis en place sur la zone et comment fonctionnent-ils ?
Sébastien Leroy
« Avant le projet, nous avions 70 paniers et filets. Une fois le déploiement achevé, on sera à 140 avec 14 filets, 12 mini-filets, 37 paniers, 8 caméras et 63 capteurs en plus. »
Nina Bouchet
« Sur chaque filet, se trouvent un ou plusieurs capteurs IoT*. Leur rôle est de mesurer le taux de remplissage dans les paniers et les filets. Les données sont alors hébergées sur une plateforme qui supervise l’ensemble des équipements d’un territoire donné, en l’occurrence, la commune de Mandelieu. »
En quoi ces technologies permettent d’anticiper la pollution de la mer ?
Sébastien Leroy
« La première étape est d’identifier les sources qui se trouvent au dernier endroit de la terre, avant d’arriver à la mer pour pouvoir les équiper. En suivant ensuite le remplissage, des liens de corrélation sont rapidement faits entre les différents types d’équipements et les configurations. A partir de cela, il est possible de faire du prévisionnel via l'intelligence artificielle notamment et également de mettre en place des actions de préventions spécifiques à chaque zone. »
En quoi la solution de l’UGAP Territoires de demain a-t-elle permis de réaliser ce projet ?
Sébastien Leroy
« Mandelieu étant la première ville équipée de filets connectés, nous avons très vite été informés du lancement de Territoires de demain. Nous en sommes tout naturellement devenus pilote de la solution.
Au-delà de cela, l’UGAP est un gage de sécurité et nous a aussi permis d’aller très vite. En lançant un appel à projet nous-mêmes, nous n’aurions pas pu avancer aussi rapidement et efficacement. »
Nina Bouchet
« Les collectivités se saisissent en effet progressivement de ces problématiques de transition environnementale et notamment de retenu des déchets abandonnés. La solution de l’UGAP Territoires de demain permet d’accélérer la mise en place des équipements adéquats. Ce qui est intéressant dans ce cadre, c’est de pouvoir tester la technologie sur un échantillon, une rue commerçante par exemple, avant de songer à l’étendre sur l’ensemble de la commune en fonction des objectifs atteints et à atteindre. »
Comment les Mandolociens ont-ils accueilli cette innovation ?
Sébastien Leroy
« Très positivement. Cette solution est aussi intéressante par son effet pédagogique : quand vous sortez un panier pour le vider, vous pouvez prendre des photos et montrer aux gens ce que l’on récupère. Cela leur permet de constater concrètement que l’espace public s'améliore. »
Nina Bouchet
« Sur la commune de Mandelieu, qui est une zone très touristique, on estime 1 à 2 tonnes de déchets par an, à collecter via l’ensemble des équipements. L’objectif est aussi de confronter ces chiffres, suite à l’installation des capteurs. »
Cette initiative s'inscrit-elle dans une stratégie plus large de transition écologique et numérique ?
Sébastien Leroy
« A mon sens, l'espace public doit être un laboratoire assez ouvert pour l'expérimentation. Que ce soit avec des passages piétons lumineux, des caméras de surveillance, ou encore des drones, nous avons fait tester ces solutions dans des conditions réelles pour déterminer ce qui pouvait avoir un impact ou non.
Dans le même esprit, nous avons pour projet de parvenir à intercepter les déchets en provenance des cours d’eau. Le défi est de mettre en place un système de filet qui permette l'écoulement des eaux en très grande puissance. »
Nina Bouchet
« Capgemini est un acteur de transformation publique de longue date. En tant que membre du groupement de la solution Territoires de demain, il permet d'accélérer la transition numérique et environnementale des territoires. Dans le cas de Mandelieu, on a l’exemple parfait du rôle majeur joué par la technologie dans le cadre de la transition environnementale. Une problématique concrète suivie d’une solution concrète, que Capgemini est en mesure de déployer à plus grande échelle, à tout moment. »
Constatez-vous une vraie utilité dans l'aspect connecté de toutes ces solutions ?
Sébastien Leroy
« Il y a deux aspects. Le connecté permet à la fois d'avoir une plus grande réactivité et une plus grande efficacité. La difficulté, c'est qu'il faut que le connecté fonctionne ! Et à être trop dépendants du numérique, on peut tomber dans l'effet pervers inverse et oublier les vérifications réelles. Il faut toujours arriver à équilibrer le jeu. L'intelligence artificielle sera aussi une grande aide pour l'optimisation des procédures, avec ses dangers également. »
* Internet des Objets

