
Quelle est la stratégie derrière l’électrification de votre parc de bus urbains ?
« Nous maîtrisons la mobilité de transport depuis la création de l'agglomération. Nous avons adopté une stratégie de développement de notre offre de transport public et lancé une grande opération consistant à aménager une ligne de bus à haut niveau de service (BHNS) entre la gare SNCF de Val-de-Reuil et le centre-ville de Louviers, les deux communes les plus importantes de notre agglomération en volume de population. Il était important pour nous d’améliorer les performances du réseau de transport collectif sur cet axe structurant qui dessert directement 10 000 emplois et 80 00 habitants. En mai 2023, nous avons donc lancé un tout nouveau réseau de bus, avec une restructuration des lignes de bus existantes autour du BHNS. L’objectif poursuivit était d’offrir plus de desserte aux communes périphériques et de leur permettre un rabattement vers un système de transport performant. Durant les années d’étude et de travaux, l’agglomération s’est intéressée, en parallèle, à la transition énergétique de sa flotte de bus. A ce titre, différents modèles de bus urbains électriques ont été testés en conditions réelles, afin de vérifier si la technologie était assez mature pour répondre à nos besoins en matière d’exploitation. Il s’est avéré que les autonomies n’étaient pas suffisantes à l’époque, pour répondre aux besoins quotidiens du réseau de bus ».
Comment le projet s’est-il mis en place ?
« Suite aux phases de tests et aux récentes évolutions technologiques sur l’électrique, nous avons missionné notre délégataire Transdev, pour réaliser une étude comparative des solutions électriques et bioGnv par rapport au diesel. Les conclusions de cette étude nous montrent que l’électrique est plus intéressant économiquement et en matière d’environnement. Nous avons donc validé l’engagement de l’agglomération Seine-Eure dans la transition énergétique électrique de notre parc. Compte-tenu des coûts d’acquisition importants des bus électriques par rapport au diesel, nous souhaitons faire progressivement la mutation de notre parc au rythme d’environ 2 à 3 véhicules par an soit un investissement de 1,3 à 2 M€/an. Ce rythme de transition va dégrader très légèrement l’âge moyen de notre parc de bus, car la fréquence de renouvellement sera moins élevée qu’avec les bus thermiques compte des différences de coût d’acquisition. Ainsi, nous allons procéder à l’électrification progressive de notre flotte. Les études montrent que l’électrique est plus rentable que le thermique ou le bioGNV grâce aux coûts d’entretien qui sont beaucoup moins élevés pour cette technologie sur une quinzaine d’années ».
Concernant les itinéraires des bus, l’autonomie des nouveaux bus sera-t-elle suffisante ?
« Pour la plupart de nos lignes, l’autonomie des bus électriques sera suffisante. Cependant, une ligne ne sera pas électrifiée car elle est beaucoup trop longue et restera en thermique. En l’état actuelle de l’autonomie des bus électriques, nous pouvons basculer la moitié de nos 34 bus en électriques ».
Ce choix est-il motivé davantage par des considérations écologiques ou économiques ?
« Nous sommes évidemment très soucieux de l’impact environnemental et de nos émissions de carbone. Cependant, nous ne voulions pas faire ce choix à n’importe quel prix. Par exemple, nous avons choisi de ne pas opter pour des bus à hydrogène, trop coûteux. Nous avons préféré attendre que les technologies évoluent et que l’autonomie des bus électriques devienne suffisante pour répondre à nos besoins. Aujourd’hui, nous considérons que c’est le cas, et cette acquisition de deux premiers bus marque le début de la transition ».
Quelle est la suite de cette transition pour vous ?
« C’est un processus à long terme. Nous avons pris le temps de la réflexion. L’objectif n’est pas de tout changer d’un coup. Nous allons installer des bornes de recharge et faire évoluer progressivement la puissance électrique de notre dépôt pour éviter d’avoir à réaliser de trop gros investissements d’un coup. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté politique claire : il n’y aura pas de retour en arrière ».
Pourquoi avoir choisi l’UGAP pour l’achat des bus ?
« Nous avons l’habitude de travailler avec l’UGAP pour plusieurs raisons : si on réalise un appel d'offres nous-mêmes pour l’achat de deux bus, je ne suis pas certain qu'on aura un meilleur tarif qu'avec l’UGAP. De plus, une procédure d’appel d’offres serait assez lourde pour un résultat équivalent, voire moins pertinent. Le groupement d'achat public nous semble être la meilleure option, car il permet une grande rapidité et une flexibilité nécessaire pour l’acquisition ce type de véhicules ».
Avez-vous choisi un modèle français ?
« Nous avons choisi des bus Mercedes du modèle e-Citaro. C’est une marque allemande certes, mais les bus sont fabriqués en France à Ligny-en-barrois. Cela revêt une grande importance pour les élus qui sont très sensibles à ce critère ».
Avez-vous d’autres projets de transition énergétique au sein de l’agglomération ?
« Tout à fait. Nous avons entrepris des démarches similaires pour notre flotte de bennes à ordures ménagères, en basculant certains circuits urbains vers l’électrique. Nous avons également un projet ambitieux en matière d’assainissement avec la méthanisation de nos boues de stations d’épuration pour produire du biogaz. Par ailleurs, nous envisageons d’installer des panneaux photovoltaïques sur nos parkings et toitures lorsque cela est possible. Nous adoptons une démarche pragmatique et évolutive, en étudiant toutes les options et en adaptant nos projets en fonction des évolutions technologiques. C’est un peu comme sur un piano : on essaie de jouer sur toutes les touches, certaines sont plus efficaces et plus performantes que d’autres. Nous faisons tout ce que nous pouvons dans la mesure de nos moyens et dans tous les domaines envisageables ».


