
Travailleurs handicapés : la montée en compétences, levier clé de la clause sociale dans les marchés de conseil SI
Mis à jour le mercredi 25 juin 2025

Doper l’insertion des personnes handicapées via la clause sociale, oui..., mais comment faire dans la pratique ? Et surtout pour des marchés à forte valeur ajoutée que sont les prestations intellectuelles informatiques ? Face à la difficulté de sourcer les profils ad hoc au sein de ce public vulnérable - et ce, pour assurer de telles missions complexes -, le cabinet de conseil BearingPoint, titulaire du marché « clausé » de conseil SI à l’UGAP et, emploie les grands moyens. Avec le lancement d’une formation inédite dédiée à la conduite de projets de transformation numérique et à la recette applicative, également portée par APF France Handicap. Reportage.
« Pour éviter d’être surpris par des collègues qui entrent dans mon bureau, je ne suis jamais assis dos à la porte. Cela me permet de mieux voir leurs visages quand ils s’adressent à moi, et ils font aussi très attention à bien se tourner dans ma direction… ». Pour Edouard Aujay, webmaster malentendant chez Numerik-ea, agence digitale solidaire et sous-traitante du cabinet BearingPoint via un marché UGAP, ce sont « ces petits détails du quotidien au sein d’une telle entreprise adaptée » qui lui permettent de profiter d’un environnement de travail ajusté à son handicap.
Atteint de surdité depuis l’enfance, le développeur web - diplômé d’une école d’infographie – œuvre depuis une dizaine d’années dans le secteur adapté après avoir effectué une bonne partie de sa carrière dans le milieu dit « ordinaire ». « Aujourd’hui, c’est bien plus confortable d’évoluer dans une structure où tout est mis en place pour que je puisse travailler en toute autonomie. De quoi aborder chaque nouvelle mission de manière sereine », indique cet adepte de la lecture labiale. Comme celle qu’il a effectuée de l’été 2021 au printemps 2022 pour le compte de l’ANCT, Agence nationale de la cohésion des territoires. A savoir une prestation de testing informatique, dans le cadre du marché d’assistance à maîtrise d’ouvrage opéré par l’UGAP dont le cabinet BearingPoint est sous-traitant.
Stratégie RSE
Si l’insertion des travailleurs handicapés est « au cœur de notre politique RSE », comme l’atteste Clarisse Lemouton, associée du cabinet BearingPoint – en miroir avec la stratégie adoptée par l’UGAP, en tant que centrale d’achat public -, la gageure pour de tels acteurs consiste encore à identifier les profils ad hoc. Et ce, au regard de la complexité des missions proposées ! Un enjeu de taille pour BearingPoint qui plus est engagé à satisfaire un tel impératif d’insertion dans le cadre du marché UGAP, faisant l’objet d’une clause sociale.
« Certes, la centrale d’achat public fait partie des donneurs d’ordres publics les plus proactifs en la matière, même si cette dynamique a tendance à se généraliser, complète celle-ci. Cela étant, la difficulté de mise en œuvre de telles clauses réside bien souvent dans le sourcing des candidats ! Autrement dit, trouver des personnes à la fois handicapées, et éloignées de l’emploi donc, tout en étant dotées d’un socle de compétences avancé pour intervenir sur des projets de transformation stratégiques au profit des clients publics de l’UGAP ». De vrais moutons à cinq pattes !
Formation certifiante
C’est pourquoi dans nombre d’entreprises adaptées (EA)* sur lesquelles s’appuient les titulaires de l’UGAP pour remplir leurs obligations, « les profils voués à occuper des fonctions supports sont plus répandus que ceux assurant des missions ‘cœur de métier’, comme la transformation numérique », déplore l’associée de BearingPoint. Et c’est justement pour en finir avec un tel écueil, que la société de conseil a décidé de prendre le taureau par les cornes. Comment ? En montant un programme de formation dédié ! L’objectif : « former des personnes en situation de handicap aux métiers du testing », indique l’intéressé qui s’est appuyée sur son partenaire, APF France Handicap, réseau ralliant une trentaine d’EA, pour bâtir un tel parcours de formation et recenser les bons profils.
Résultat : sept stagiaires retenus par l’APF 93 composent la première promotion qui a débuté le 28 février. Une formation de quatre mois, suivie d’une immersion sur des projets de transformations numériques menés par le cabinet. Aussi, grâce à cette formation certifiante financée en partie par BearingPoint et des fonds publics, « nous pouvons faire monter en compétences les personnes handicapées sur des métiers d’une grande technicité, mais aussi répondre avec plus d’efficacité à nos obligations via la clause sociale déployée par l’UGAP », analyse Clarisse Lemouton. D’autant que la vocation d’une telle clause consiste bien, comme le rappelle l’intéressée « à booster l’insertion et la professionnalisation de publics vulnérables et non pas de faire la seule chasse à des profils spécifiques et rares comme celui d’Edouard ». Un cercle vertueux dans lequel s’inscrit donc une telle initiative innovante vouée à être démultipliée dans les prochains mois... Et ce, pour faire émerger à terme d’autres « Edouard », tous capables d’exceller sur des missions à forte valeur ajoutée que sont les prestations intellectuelles informatiques. *Les entreprises adaptées doivent recruter au moins 55% de travailleurs handicapés pour faciliter leur inclusion sur le marché du travail grâce au statut de salarié.
