Sécuriser 450 postes électriques : dans les coulisses du chantier RTE–CETAB

Mis à jour le mardi 9 décembre 2025

RTE et le Groupe CETAB pilotent un vaste programme de sécurisation incendie couvrant plus de 450 postes électriques sur tout le territoire. Un chantier technique, de long cours, où chaque site apporte son lot de défis. Dans cette interview croisée, les deux partenaires dévoilent les coulisses d’un déploiement inédit, entre exigences industrielles, coordination millimétrée et volonté commune de renforcer durablement la sûreté des installations.

Aux sources du projet

Pouvez-vous présenter vos rôles respectifs chez CETAB et RTE, et ce qui vous a amenés à collaborer sur ce projet ?

Stéphane GARAT, Responsable de cellule Sûreté et Sécurité Incendie – Groupe CETAB

Le Groupe CETAB est un bureau d’études pluridisciplinaire en ingénierie du bâtiment (maîtrise d’œuvre et AMO), s’appuyant sur des ingénieurs en génie climatique, génie électrique, structure, infrastructure, environnement, sûreté/sécurité et économie de la construction. Titulaire depuis 2015 du marché d’Ingénierie en Sûreté et Sécurité Incendie, CETAB a créé une cellule dédiée. En 2020, RTE Lyon fait appel à l’UGAP pour un audit incendie du poste de Saint-Amour.

Thomas PORTEAU, Chargé de projets Développement & Ingénierie - RTE

Manager de projet sur la politique de réhabilitation et/ou l'installation de centrales Système de Sécurité Incendie (SSI) dans les postes électriques, je suis en charge d’un programme qui consiste à remplacer ou installer des systèmes de détection incendie dans l’ensemble des postes électriques en bâtiment, soit environ une cinquantaine de sites.

Aminata FALL, Chargée de projet renouvellement et installation des SSI d'incendie - RTE

Appui opérationnel ingénierie, en charge de la politique de réhabilitation et/ou de l’installation des centrales SSI dans les postes électriques, je pilote le projet sur les régions de Lyon, Nantes et Nancy.

Quel était le besoin initial de RTE en matière de sécurité incendie sur les postes haute tension ?

Thomas.P

Le besoin initial était principalement la surveillance des postes électriques urbains, en Île-de-France et Paris intra-muros. Cependant, les installations n’ont jamais réellement fait l’objet d’un contrôle rigoureux, et donc aujourd’hui, on se retrouve avec des systèmes qui ne fonctionnent plus et ne permettent plus d’assurer leur fonction.

Déploiement opérationnel et premiers enseignements

Quel est le contexte et les objectifs de l’intervention de CETAB sur les sites RTE ?

Stéphane G :

L’incendie du poste près de la Gare Montparnasse a accéléré le diagnostic des postes RTE et lancé un programme national de mise en sécurité incendie. Les moyens définis doivent garantir la continuité de service : systèmes maintenables, détection adaptée aux risques, fiabilité reconnue. Fonctionnant par accords-cadres, RTE a confié à CETAB la coordination SSI pour accompagner les entreprises tout en poursuivant les études. Le dispositif couvre désormais aussi les nouveaux postes en construction.

Comment s’est déroulé le projet pilote à Saint-Amour et quels enseignements en avez-vous tirés ?

Stéphane G :

L’audit du poste de Saint-Amour a révélé d’importants travaux en éclairage, d’œuvre complète. La priorité a porté sur l’éclairage normal et le remplacement des armoires de commande (juin 2021 – novembre 2024). Les enseignements tirés montrent que le déploiement sur des sites industriels sans réglementation spécifique nécessite l’aval de la Direction Technique pour valider le choix des systèmes et les niveaux de surveillance. Le fonctionnement par accords-cadres impose une grande flexibilité des plannings afin de s’adapter aux entreprises réalisant les travaux, tandis que les interventions sur des sites occupés doivent tenir compte des contraintes d’exploitation et des priorités de production. Le poste de St Amour devrait être mis en sécurité incendie d’ici la fin de l’année 2026, avec un début des travaux en 2021. Enfin, l’accélération du programme de déploiement exige une grande souplesse entre les phases d’études et les phases de travaux.

Comment les équipes locales et nationales de RTE se sont-elles organisées pour piloter ce programme ?

Thomas.P :

Pour Paris, l’équipe a été organisée de manière à pouvoir piloter les multiples chantiers lancés en parallèle ainsi que les différentes prestations d’audit. Un reporting national est effectué afin de remonter les problématiques et/ou les bonnes pratiques.

Aminata.F :

Sur les régions de Lyon, Nantes et Nancy, l’équipe commence par piloter les audits de l’ensemble des sites concernés, afin d’identifier les problématiques propres à chaque poste. Cette étape permet ensuite d’organiser la planification des travaux, en coordination avec l’entreprise travaux et CETAB en tant que CSSI. Durant les travaux, des points hebdomadaires sont réalisés et toute problématique est remontée au CSSI pour obtenir les prescriptions nécessaires.

Adapter les solutions à des sites très différents

Quels sont les principaux défis techniques rencontrés lors du déploiement ?

Stéphane.G :

Les principaux défis techniques résident dans la diversité des sites, situés aussi bien en centre-ville qu’en zone isolée, et dans la spécificité des équipements haute tension nécessitant des qualifications particulières pour les interventions. Tous les sites sont reliés à des groupements de gestion et comportent des zones à risque d’explosion, limitant l’intervention humaine à proximité. Il a donc fallu déployer des systèmes de sécurité incendie fiables, évolutifs et durables, capables de s’adapter à toutes les configurations. Selon les sites, les solutions ont été ajustées pour intégrer des extensions de bâtiments programmées ou de nouvelles constructions intervenant entre les phases d’études et le lancement des travaux.

Comment CETAB adapte-t-elle ses solutions aux particularités des sites (Lyon, Paris, Lille, etc.) ?

Stéphane G :

Par des audits des bâtiments existants ou l’analyse des pièces de maîtrise d’œuvre des constructions. Avec RTE, nous définissons les bâtiments pouvant rester sans surveillance et étudions les contraintes d’exploitation : présence humaine, équipements électriques, galeries de haute tension. Un programme de travaux et la conception SSI sont ensuite établis dans le respect des directives nationales, normes NF et spécificités locales.

Suivi, bénéfices et perspectives

Comment CETAB assure-t-elle le suivi des installations et sa collaboration avec l’UGAP et RTE ?

Stéphane G :

Depuis 2021, CETAB déploie une équipe dédiée pour le suivi des projets RTE et la coordination SSI, avec un ingénieur référent pour les études et la supervision, appuyé par un responsable de cellule et des ingénieurs complémentaires par secteur. Un outil de relevés national et des réunions régulières permettent de suivre l’avancement des travaux et d’assurer la cohérence sur tous les sites. CETAB contrôle le respect des prescriptions par les prestataires, adapte les dossiers aux contraintes locales et compile les documents de récolement pour un dossier complet du SSI.

En parallèle, CETAB travaille en lien avec l’UGAP pour programmer les missions et informer les référents des nouvelles demandes, en assurant la meilleure coordination pour les projets pluriannuels et les échéances de devis.

Pourquoi avoir choisi de collaborer avec CETAB pour ce projet ?

Thomas.P :

Parce qu’ils avaient une véritable connaissance des postes électriques et des enjeux auxquels nous sommes confrontés. Nous avons des besoins spécifiques en tant que maître d’ouvrage et CETAB a su être force de proposition afin que la norme SSI puisse être appliquée sur nos sites, tout en respectant nos contraintes d’exploitation. C’est un réel avantage de pouvoir collaborer avec des personnes compétentes et qui nous comprennent.

Quels bénéfices RTE retire-t-il de cet accompagnement ?

Thomas.P :

L’avantage que nous en retirons, c’est l’uniformisation des installations SSI sur l’ensemble des sites RTE. Auparavant, chacun faisait selon ses propres méthodes et à la discrétion du coordinateur affecté, souvent sans connaissance spécifique de l’environnement électrique. L’apport de CETAB nous a également permis de mieux comprendre le fonctionnement du système, ce qui nous a permis de rédiger une note technique nationale sur le fonctionnement du SSI et la gestion des clapets coupe-feu. Cette note servira de trame pour les futurs projets.

Quelles sont les innovations ou améliorations prévues par CETAB pour accompagner les futurs déploiements ?

Stéphane.G :

Le projet de modernisation des postes RTE, qui s’étend jusqu’en 2030, voit son déploiement s’accélérer chaque année, passant de 1 site en 2020/2021 à plus de 68 sites en 2024/2025, pour un total de plus de 450 sites à traiter sur le territoire national. CETAB prévoit de renforcer son équipe RTE pour suivre les demandes et la programmation des futurs projets, en soutien du responsable de cellule et des chargés d’affaires de l’UGAP. Le Groupe travaille également à consolider ses outils de relevés et envisage la mise en place d’un espace partagé national permettant à RTE de suivre en temps réel l’avancement des projets.