
En Dracénie, la commande publique s’ouvre au territoire
Mis à jour le jeudi 11 septembre 2025

La commande publique évolue et devient un véritable levier de transformation territoriale. Hervé Signoret, directeur de la Commande Publique et des Achats, défend une approche qui conjugue performance de la dépense, transition écologique et soutien à l’économie locale. À l’échelle de Dracénie-Provence-Verdon-Agglomération, cette stratégie ambitieuse s’ancre dans des pratiques concrètes, plus responsables, plus accessibles et pensées pour les acteurs du territoire.
Pouvez-vous nous présenter brièvement la politique d’achat public menée par Dracénie-Provence-Verdon-Agglomération ?
« La politique d’achat public de Dracénie-Provence-Verdon-Agglomération s’inscrit dans une double logique : optimiser les ressources et améliorer la performance de la dépense publique, tout en intégrant des valeurs de développement durable, d’innovation et de soutien à l’économie locale. La transition écologique constitue un axe prioritaire pour notre communauté d’agglomération. Elle représente un véritable cheval de bataille dans nos politiques publiques actuelles et irrigue l’ensemble de notre stratégie d’achat. Cela s’inscrit dans le cadre de notre Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET, anciennement PSAT), adopté par nos élus. Depuis mon arrivée, avec l’impulsion de ma direction générale, nous avons engagé une démarche structurée autour de l’élaboration d’un Schéma de promotion des achats publics socialement et écologiquement responsables (SPASER). Des outils de sourcing, de dialogue avec les entreprises et de simplification des procédures ont également été développés, afin de rendre la commande publique plus accessible et efficiente. »
Quelle place occupe le développement économique local dans votre stratégie de commande publique ?
« C’est un axe central de notre stratégie. Les élus sont particulièrement sensibles à cet enjeu. La commande publique représente un levier concret pour soutenir l’économie du territoire, tout en respectant bien sûr le Code de la commande publique. Nous veillons à favoriser l’accès des entreprises locales, notamment les PME et structures de l’économie sociale et solidaire (ESS). Cela passe par des adaptations dans la rédaction des marchés : allotissement, seuils, clauses de proximité, ou encore marchés réservés lorsque le cadre le permet. Par exemple, via la localisation d’entrepôts ou de production. »
On évoque souvent un lien mal connu entre commande publique et soutien aux petites entreprises. Qu’en est-il sur votre territoire ?
« C’est un constat que nous partageons. Le lien est encore trop peu visible, bien qu’il soit très réel dans ses effets. Sur notre territoire, environ 60 % des titulaires de marchés sont des PME, TPE, dont une part importante issue du territoire, notamment sur les marchés de travaux, bâtiments, réseaux, assainissement et même le secteur des déchets. Quand un travail de pédagogie, de simplification et de mise en relation est fait en amont, les entreprises locales répondent davantage, même à des marchés perçus comme techniques ou complexes. Le sourcing est encore sous-exploité, mais nous travaillons à le systématiser. C’est une montée en maturité de notre organisation, historiquement plus orientée vers la gestion de la commande publique que sur une logique de fonction achat. »
Quels freins rencontrez-vous pour intégrer davantage d’acteurs locaux dans vos marchés publics ?
« Les freins sont nombreux, mais bien identifiés. Il y a une méconnaissance de la commande publique, souvent perçue comme complexe, notamment en termes de démarches administratives ou d'engagements contractuels comme les clauses sociales. De nombreuses TPE manquent aussi de moyens humains ou de compétences pour répondre à des appels d’offres. Il y a une certaine appréhension à exécuter un marché public, parfois jugé trop contraignant. Notre rôle est donc d’accompagner, rassurer, simplifier. Nous mettons en place des ateliers de sourcing en lien avec des instances comme l’UGAP, la CCI, ou encore des réseaux d’entreprises. La fonction achat doit être active, transparente, et stimulante pour les entreprises locales. »
Revenons sur la matinée d’échange organisée en juin. Quelle était la démarche ?
« Cette matinée s’inscrivait dans le cadre de la Semaine de la Transition Écologique, en lien avec notre Plan Climat. Elle a rassemblé plus de 40 participants : entreprises locales, élus, représentants consulaires, acheteurs publics…
L’objectif était de démystifier la commande publique, d’expliquer les évolutions règlementaires (marchés innovants, dématérialisation, clauses RSE), et de favoriser les échanges directs entre acteurs économiques et nos services. Ce fut un moment de co-construction, pour réfléchir ensemble à des pistes d’amélioration pour nos futurs marchés. C’était aussi une première étape vers un dialogue économique local renforcé. Avec notre direction du développement économique, nous cherchons à créer de la transversalité, à décloisonner les organisations, et à favoriser la coopération entre la CCI, la CMA, l’UGAP et des réseaux comme le CLED, qui a d’ailleurs joué un rôle facilitateur essentiel dans la réussite de cette matinale. »
Quel est l’intérêt de votre collaboration avec l’UGAP dans cette stratégie de développement local ?
« L’UGAP nous permet de gagner en agilité, notamment sur certains achats innovants ou numériques. C’est une offre prête à l’emploi qui réduit nos délais et nos charges de procédure. Mais c’est surtout une opportunité pour les entreprises locales référencées à l’UGAP, qui peuvent accéder à des marchés publics en tant que sous-traitants, sans avoir à passer par des procédures longues. C’est un accélérateur économique et un levier de proximité. »
En quoi la solution Territoires de demain s’aligne-t-elle avec vos priorités en matière de transition numérique, écologique et de modernisation de l’action publique ?
« Nous devons jouer un rôle moteur dans l’exploitation de cette offre, en cohérence avec notre stratégie de modernisation de l’action publique et de transition numérique et écologique du territoire. Notre ambition en nous associant à cette démarche est double :
- D’une part, accélérer la transformation de nos services publics, qu’il s’agisse de mobilité, de gestion énergétique, de data territoriale ou d’inclusion numérique ;
- D’autre part, favoriser l’émergence d’un écosystème local d’innovation, en nous appuyant sur les solutions portées par Territoires de demain, tout en intégrant autant que possible les entreprises locales de nos communes. Il s’agit avant tout de co-construire des réponses adaptées, cohérentes et durables, en mutualisant les efforts et les ambitions. »
