L’achat durable, un formidable levier de changement pour les métropoles

Mis à jour le mardi 24 juin 2025

Qu’est-ce qu’une stratégie d’achats durables et responsables ? En quoi est-ce un levier pour les politiques publiques ? Que cache l’acronyme SPASER ? Dans cet entretien riche en enseignements, Laurent Gollandeau, directeur de la commande publique de la ville de Nantes et de Nantes Métropole, répond à toutes vos questions.

Qu’est-ce qu’on appelle l’achat durable ?

Laurent Gollandeau

Laurent Gollandeau : L’achat durable intègre les dimensions environnementales et sociales dans l’achat. C’est une prise en compte des enjeux politiques par la commande publique, un supplément d’âme ajouté à la fonction achat et un signal qu’on envoie aux entreprises pour qu’elles prennent en compte leur impact sur le territoire en matière de transition écologique et de justice sociale. Pour moi, lorsqu’il s’agit d’achat public, il faut aussi bien faire attention à l’acquisition de la fourniture ou de la prestation de services qu’à la manière dont ces prestations sont réalisées.

Comment la commande publique peut-elle être un levier au service des politiques publiques ?

LG : La commande publique n’est pas autonome, elle s’intègre dans un ensemble d’enjeux plus significatifs. Elle peut faciliter la mise en œuvre des objectifs de politique publique, par exemple en matière d’égalité, de logistique urbaine, d’insertion, de développement économique... En ce sens, l’achat durable est un formidable levier de changement pour les métropoles.

À Nantes, où en êtes-vous de votre stratégie d’achats durables ?

LG : Peut-être parce que nous étions Capitale verte de l’Europe en 2013, nous avons été précurseurs sur ces sujets. Mais cela ne nous empêche pas de réinterroger régulièrement notre stratégie, car l’urgence climatique nous y oblige. Nous nous devons de répondre aux enjeux sociaux et sociétaux qui s’imposent à nous.

Dans notre SPASER (Schéma de Promotion des Achats Socialement et Ecologiquement Responsables), chacun peut retrouver nos 8 objectifs. Par exemple, nous avons intégré la santé environnementale, ce qui va se traduire par la prise en compte des polluants intérieurs lorsqu’on fait l’acquisition de mobiliers de bureau ou de produits d’entretien. Nous travaillons aussi sur la résilience du territoire, à travers notamment la présence d’îlots de fraîcheur dans la ville.

Le SPASER fixe également des indicateurs qui permettent de suivre l’intégration de ces objectifs dans la commande publique.

Justement, quelles sont les forces et faiblesses d’un SPASER ?

LG : Le SPASER est une obligation légale qui permet de structurer et de mettre en visibilité une démarche d’achats durables. On inscrit ainsi la commande publique dans un principe de redevabilité.

En revanche, il n’y a aucune obligation en matière de forme et de contenus. Et le risque, c’est de faire du SPASER un document technocratique, accessible aux seuls initiés, alors qu’il devrait être un outil pour toutes les parties prenantes.

La ville de Nantes et Nantes Métropole passent 500 millions d’euros de commande publique chaque année, dont une partie s’effectue auprès de l’UGAP. Quelle relation entretenez-vous ?

LG : L’UGAP est un partenaire important pour nous. Un partenaire qui nous aide à répondre à nos besoins en ayant en tête les mêmes préoccupations sociales et environnementales. Ensemble, nous menons également des actions au niveau du territoire. Par exemple, en novembre dernier, nous avons organisé un forum à Nantes Métropole réunissant une quarantaine d’entreprises pour qu’elles puissent présenter des solutions innovantes et bien sûr responsables.