

Une flotte de huit BHNS Van Hool roulant à l’hydrogène bientôt complétée par quatre autobus standards du même constructeur acquis via l’UGAP. En investissant dans cette nouvelle source de production locale et massive d’énergie propre qu’est l’hydrogène vert, Pau Béarn Pyrénées Mobilités démontre depuis déjà deux ans qu’une mobilité 100 % moderne et durable peut trouver toute sa place dans un cœur de ville. Reportage.
Et si la révolution de l’hydrogène commençait d’abord par les transports publics ? Alors que les expérimentations pointent ça et là dans l’Hexagone pour faire valoir les vertus de ce vecteur d’énergie dans la lutte contre le réchauffement climatique, les collectivités semblent plus que jamais à l’avant-garde d’une telle lame de fond écologique, avec des applications très prometteuses dans la mobilité lourde. En témoigne l’expérience réussie menée depuis quelques années déjà par Pau Béarn Pyrénées Mobilités, boostée notamment par l’UGAP, en première ligne, avec l’association France Hydrogène, dans la structuration d’une telle filière (voir encadré).
En effet, la ville de Pau se distingue par la mise en service depuis déjà fin 2019 – via l’impulsion de son maire François Bayrou - d’une flotte de huit BHNS (Bus à haut niveau de service), premiers bus au monde articulés de 18 mètres roulant à l’hydrogène dit « vert ». Celui-ci étant obtenu à partir de l’électrolyse de l’eau – via de l’électricité renouvelable - et le recours à une pile à combustible installée à bord des engins. Un parc désormais complété par quatre bus standards acquis cet été, par le biais de la centrale d’achat public et livrés d’ici début 2022. Autant d’engins du constructeur Van Hool qui carburent donc à cette nouvelle source de production massive d’énergie propre, d’autant que celle-ci permettrait une autonomie capable de couvrir un service journalier d’exploitation comme le précise Lucie Kempf, cheffe de projet et chargée des investissements au sein de la communauté d’agglomération.
Plus de 350 km d’autonomie par jour
« Dans le cadre de la procédure de dialogue compétitif mise en œuvre en amont du projet, la propulsion par l’hydrogène s’est vite imposée comme LE levier de mobilité durable le plus performant en terme d’exploitation avec une autonomie par jour de plus de 350 km, nettement supérieure à celle d’une motorisation électrique ! », indique l’intéressée. Et celle-ci de souligner « le caractère global de ce projet de transport zéro émission à hauteur de 14,5 millions d’euros » conduit par Pau Béarn Pyrénées Mobilités comprenant aussi l’installation et l’exploitation - par une filiale d’Engie - d’une station de production et de distribution sur place d’hydrogène vert. Et ce, via de l’électricité fournie par un barrage hydraulique basé à proximité, dans les Pyrénées.
De quoi permettre un rechargement automatique en hydrogène 100 % palois et renouvelable des fameux BHNS « Fébus » chaque soir « en une trentaine de minutes à peine, même s’il est possible à terme de diviser cette durée par deux ». L’hydrogène est directement délivré par la station, dont la mise en service a débutée fin 2019. Si un tel déploiement d’une flotte à hydrogène décarboné représente donc un coût non négligeable de 14.5 M€ dont 9 millions d’euros investis par Pau Béarn Pyrénées Mobilités juste pour les huit Fébus -, de nombreuses subventions publiques existent via l’Etat, de l’Union européenne, les régions… « Et notamment de la Nouvelle Aquitaine* », rappelle-t-on au sein de Pau Béarn Pyrénées Mobilités qui a d’ailleurs bénéficié d’une autre aide de 600 k€ dans le cadre du projet européen JIVE 2 pour l’achat des quatre derniers bus UGAP d’un montant de plus de 2,6M€ soit 658 k€ par bus.
Plus de 2 millions d’usagers
« Et pour cette nouvelle commande qui s’inscrit dans le cadre du renouvellement de notre flotte d’autobus standards, nous sommes ravis d’avoir pu encore miser sur l’hydrogène et le même constructeur, Van Hool. Et ce, en nous appuyant sur l’UGAP et son catalogue à l’offre toujours plus étendue en matière de mobilités innovantes et propres, sans compter le gain généré en terme de dispense de procédure », détaille Lucie Kempf.
Car en effet, Pau Béarn Pyrénées Mobilités collabore avec la centrale d’achat depuis déjà 2018 « pour les acquisitions de bus, notamment hybrides » poursuit l’intéressée, tout en rappelant que « la réussite de Fébus explique cette confiance renouvelée dans la mobilité hydrogène ».
Pour preuve : en deux ans à peine, pas moins de deux millions de personnes ont déjà voyagé sur cette première ligne de BHNS écologique « qui dessert – via un bus toutes les 8 minutes en heure de pointe - tous les quartiers phare de la ville, de la gare à l’hôpital ».C’est dire l’ampleur de ce projet d’aménagement urbain « propre à démontrer qu’une mobilité 100 % moderne et durable peut trouver toute sa place dans un cœur de ville ». Les usagers eux-mêmes en semblent convaincus : 82 % d’entre eux se déclarent aujourd’hui satisfaits par un tel service.
*4,5M€ financés par le FCH-JU au travers de deux projets 3Emotion et JIVE 2, 1.455 M€ financés par le FEDER et 2,1 M€ par l’ADEME
France Hydrogène : « L’UGAP, un levier clé pour massifier et faire baisser le coût des bus à hydrogène »
Autonomie énergétique de bâtiments ou de territoires isolés, chauffage et surtout mobilité durable : l’hydrogène renouvelable ou bas-carbone devrait capter d’ici 2050, 15 % à 20 % des besoins énergétiques mondiaux, selon l’association France Hydrogène qui rassemble les acteurs de la filière. De quoi permettre à ce vecteur d’énergie –propre à décarboner l’industrie - de contribuer à terme à hauteur de 20 % à la baisse requise pour limiter le réchauffement climatique à 2°C, selon certains experts ! Alors que la France a lancé en septembre 2020 un plan de 7 milliards d’euros afin de s’imposer parmi les leaders mondiaux de l'hydrogène décarboné d’ici 2030,« reste maintenant à passer des démonstrateurs à l’industrialisation, notamment pour la mobilité lourde où les performances de l’hydrogène ne sont plus à démontrer », analyse Stéphanie Paysant, directrice de la communication de France Hydrogène qui s’est fixée un objectif ambitieux de 1000 bus à hydrogène déployés d’ici 2024. « C’est dire l’intérêt que de telles solutions innovantes figurent désormais dans le catalogue de l’UGAP afin que les collectivités puissent y accéder de manière massifiée et donc à un coût in fine plus compétitif », complète l’experte. Car c’est bien là que le bât blesse : « un bus à hydrogène reste encore environ deux fois plus cher qu’un bus classique ! Pour l’électrique, les prix sont comparables », note Stéphane Pukala, chef de produits véhicules à l’UGAP, dont l’offre en la matière est disponible depuis début février, via deux titulaires, Van Hool et la PME albigeoise Safra. Rappelons que depuis le 1er janvier 2020, 50 % des bus acquis par les collectivités doivent être catégorisés en faibles émissions pour les flottes de 20 véhicules et plus, selon la loi d’orientation des mobilités. Ce taux sera porté à 100 % à partir du 1er janvier 2025.
