
Comme l’a souligné Edward Jossa, PDG de l’UGAP, « nous sommes une génération qui laisse à la suivante des défis de plus en plus exigeants. »
Et l’achat public semble un levier de poids pour relever les défis en question et aller vers le changement, comme le précise François Werner, Vice-président pour la transition écologique et énergétique de la Région Grand-Est, « la façon dont les collectivités achètent sera déterminante. » Dans un territoire où 31% des émissions de gaz à effet de serre sont aujourd’hui liées à la mobilité, le débat semble plus que jamais d’actualité. Retour sur les trois tables rondes de cette matinée, animées par Jérôme Bergerot, Directeur général de Moselle TV.
Logistique urbaine : quid du dernier kilomètre ?
Sur la Métropole de Metz, plus de 66% des déplacements sont effectués par des véhicules non décarbonés. On constate toutefois que règlementer n’est pas chose aisée, notamment en ce qui concerne les activités de professionnels qui ne doivent pas être impactées outre-mesure. Si la ZFE* à Metz Métropole n’a encore pu être définie pour cause de périmètre complexe à déterminer, il n’en demeure pas moins essentiel pour les citoyens de prendre conscience de l’impact de leurs gestes. Certaines solutions existent et doivent être utilisées. « Les points relais permettent de mutualiser les livraisons, par exemple », souligne Béatrice Agamennone, Vice-présidente de l’Eurométropole de Metz.
Pour les professionnels, décarboner représente un coût non négligeable. Nabil Sbaï, élu régional et boulanger de métier, à la tête de plusieurs commerces sur le Grand Reims, explique qu’il lui faudrait doubler son budget pour passer du diesel à l’électrique. Et sur ce type d’activité, livrer à vélo n’est pas une option envisageable. Le temps et la pédagogie sont donc nécessaires pour réaliser la transition, tous les artisans ne pouvant appliquer les théories aisément. En effet, « en termes de mobilité urbaine, il n’y a pas un dossier qui ressemble à un autre », ajoute Patrick Héberlé, Responsable thématique mobilités à la Banque des Territoires.
Globalement, on constate de grosses compétences sur la question du déplacement des personnes dans les territoires mais plus de lacunes sur celui des marchandises. Les aires de livraisons sont par exemple pointées du doigt : sont-elles adaptées, bien placées, effectivement utilisées ? Un pilotage en temps réel via l’exploitation de la data semble ici une solution à exploiter.
Mixer les énergies
« La Régie de transports des Ardennes a engagé le verdissement de l’ensemble de sa flotte », explique Pascale Gaillot, sa présidente. Passage au GNV**, installation d’une station gaz, réflexion sur le retrofit de certains véhicules… Environ 30% de la flotte a été verdie. Du côté du Grand Reims, 40% des bus roulent actuellement au Bio GNV, l’objectif étant d’atteindre les 60%. « Choisir une seule source d’énergie est trop risquée en cas de variation des coûts », précise Patrick Bedek, Vice-président de la communauté urbaine du Grand Reims, en faveur du mix énergétique.
Dans l’optique de devenir une région énergie et bas carbone à l’horizon 2030, la Région Grand-Est étudie des carburants alternatifs intéressants pour la décarbonation, comme le HVO ou le B100, respectivement fabriqués à partir d’huiles alimentaires usagées et d’huile de colza.
Si le Bio GNV concurrence aujourd’hui parfaitement le diesel, l’électrique demeure plus cher à l’achat, bien que plus abordable en recharge et en maintenance. D’ailleurs, « on voit arriver une vague de décarbonation importante vers l’électrique », précise Thomas Lextrait, Chargé de mission mobilité durable de la Région Grand-Est. La réflexion à mener doit en effet se faire sur le coût du véhicule sur sa durée de vie et non simplement sur le coût d’acquisition. Le TCO*** peut également être sécurisé par la signature d’un contrat d’engagement sur plusieurs années, et ce « pour ne pas subir les augmentations diverses des différentes énergies », ajoute Lionel Pommier, Animateur régional transition énergétique mobilité Grand-Est - Climaxion.
Bien qu’utilisé depuis des décennies, l’hydrogène est très récent dans le secteur de la mobilité. Tout une filière et un écosystème sont encore à mettre en place pour ce carburant qui se présente comme une solution d’avenir, alternative et complémentaire à l’électrique. En effet, « l'hydrogène se positionne là où la batterie ne peut plus répondre », précise Jacques Haenn, Chargé de mission filière hydrogène Grand-Est.
Mobilité solidaire et active
L’utilisation du vélo à assistance électrique tend à se démocratiser à Reims comme à Troyes. « Entre 2022 et 2023, leur utilisation a progressé de 89% », précise Estelle Fontaine, Directrice de Champagne Parc Auto Reims. Si ce service ne se veut pas rentable, il n’en demeure pas moins utile et fécond. Tarifs abordables, sécurité des usagers, remisage des vélos, sont autant de points de vigilance qui ont permis à cet écosystème de mobilité douce de se développer, selon Olivier Girardin, Vice-président en charge des mobilités et déplacements à Troyes Champagne Métropole.
En parallèle, émerge le concept du covoiturage solidaire, qui permet de véhiculer les citoyens vers des zones d’activités en réduisant l’autosolisme. Des programmes expérimentaux de transports à la demande en zones rurales voient également le jour avec pour objectif de pérenniser les actions qui fonctionnent.
Le champ des possibles en matière de décarbonation des transports terrestre est large. Si de nombreuses initiatives émergent çà et là au sein des territoires, les citoyens doivent également jouer le jeu afin de les faire perdurer. Aujourd’hui, une démarche pédagogique est plus que jamais nécessaire dans ces zones où utiliser sa voiture est une habitude bien ancrée. En effet, « il faut passer du réflexe, à la réflexion », conclut Patrick Bedek.
* Zone à faibles émissions
** Gaz naturel de ville
*** Total cost of ownership


