Les STIAM : vers une éducation 2.0 ?

Mis à jour le vendredi 17 octobre 2025

Aujourd'hui incontournables dans l'éducation primaire dans le monde, les STIAM (Science, Technologie, Ingénierie, Art et Mathématiques) jouent un rôle clé dans la transformation pédagogique. Ces disciplines, qui favorisent la créativité et la pensée critique, sont portées par EASYTIS, une entreprise tourangelle, grâce à l'appui de l'UGAP. Cela permet aux écoles d’accéder facilement à une large gamme de solutions éducatives innovantes, allant de la robotique à l’éducation aux médias et à l’information en passant par les mathématiques et le langage. Entretien avec Patrice Ulles, président d’EASYTIS.

Patrice Ulles

Pourquoi avoir créé Easytis ?

Avant de créer EASYTIS, j'étais vice-président à l'international d'une société américaine fabricant et vendant des tableaux interactifs dans l'éducation, déjà cliente de l'UGAP. Après le rachat de cette société par un concurrent, j'ai décidé de lancer ma propre entreprise pour proposer des solutions innovantes, qui n'existaient pas encore sur le marché français. Mes voyages dans des pays sur plusieurs continents comme la Finlande, l'Afrique du Sud, l'Inde ou la Russie m'ont permis de découvrir des pratiques éducatives différentes et quelquefois novatrices, notamment en Asie, où l'usage de la technologie en classe est en pleine évolution.

En créant EASYTIS, nous avons voulu anticiper cette évolution du système éducatif français et proposer des solutions adaptées. Nous avons développé des relations solides avec les acteurs du numérique éducatif au ministère, dans les académies et avec les collectivités restons toujours à l'affût d'innovations pour enrichir notre offre et accompagner les établissements scolaires dans leur transformation numérique.

Parlons des STIAM…

L'approche STIAM repose sur un questionnement constant : la recherche, le jeu, la curiosité, la capacité à résoudre des problèmes et la créativité. Dans cette approche, on utilise beaucoup de sciences, de technologie, de mathématiques, de langage et d'art. L'élève est au centre de la pédagogie. Il devient acteur de son apprentissage, en manipulant, en expérimentant.

L'apprentissage des STIAM doit commencer dès la maternelle. Les élèves progressent beaucoup plus. Cette approche dès le plus jeune âge permet aussi de limiter la création de certains stéréotypes de genre. Aujourd'hui, il n'y a que 30% des filles qui choisissent des carrières dans les domaines du numérique, de la technologie et des sciences, bien que ces métiers soient parmi les mieux payés. Des études montrent aussi que les stéréotypes de genre se forment dès la maternelle. Il faut donc travailler dessus dès cette période.

Quelle est la place des objets STIAM dans tout cela ?

L'idée derrière les objets STIAM est de fournir des outils pratiques et ludiques pour aider à enseigner ces sujets de manière innovante. On a référencé des objets STIAM au fil des années qu'on propose dès la maternelle, pour l'élémentaire, le collège et lycée. Parmi ces objets, il y a bien sûr de la robotique, mais aussi d'autres technologies par exemple liées aux sciences.

Comment l'UGAP soutient-elle aujourd'hui la mission d'EASYTIS dans l'intégration des STIAM dans le système éducatif ?

Depuis que nous sommes référencés à l'UGAP, nous travaillons main dans la main avec les équipes terrain, les responsables produits et les acteurs achats pour proposer une offre innovante. Cela nous permet de simplifier les démarches pour les collectivités, en particulier les petites, qui n'ont pas les moyens de lancer des appels d'offres complexes. Grâce à l'UGAP, nous touchons un public plus large, et notre offre peut être intégrée directement dans un simple bon de commande, ce qui rend tout beaucoup plus simple. Cette collaboration est vraiment un levier pour nous, et je suis convaincu qu'elle va encore se renforcer.

Vous mentionnez l'importance de l'innovation dans l'éducation. Quelles sont vos réflexions à ce sujet ?

Je pense qu'il est crucial de faire évoluer nos pratiques scolaires. Il s'agit de mettre en place ce qu'on appelle une pédagogie active. Aujourd'hui, on ne peut plus envisager d'avoir des classes dans lesquelles 25 à 30 élèves sont assis face à un enseignant toute la journée, à une table, avec le tableau en face d'eux. Ce modèle, qui existe encore dans beaucoup d'écoles élémentaires, ne se voit presque nulle part ailleurs dans le monde aujourd'hui.

Les pratiques en maternelle, par exemple, sont bien plus adaptées, avec des ateliers et des groupes. C'est une approche qu'il faudrait reproduire dans les écoles élémentaires mais logiquement des questions concernant le nombre d'élèves par classe, et de formation se posent. Avec ce changement de forme scolaire, le rôle de l'enseignant doit également continuer d'évoluer. Avec l'accès à une quantité infinie d'informations via Internet, les réseaux sociaux et autres sources, l'enseignant ne peut plus être celui qui détient toute la connaissance. Il doit devenir un guide, un facilitateur qui aide les élèves à trier, analyser et organiser ces informations.

Comment répondez-vous au défi actuel de l'enseignement avec la digitalisation, notamment l'intelligence artificielle (IA) ?

C'est un sujet central aujourd'hui. L'intelligence artificielle est omniprésente dans les discours actuels et est déjà une réalité d'usage pour de nombreux élèves. Il est crucial de comprendre et de travailler sur l'IA, et cela dès le plus jeune âge. Par exemple, en maternelle, lorsqu'un enfant fait du codage ou utilise un petit robot, cela développe une manière de penser, une pensée dite "computationnelle", qui lui permet de mieux appréhender le monde. L'idée n'est pas que tous les enfants deviennent développeurs, loin de là. Cependant, il est essentiel qu'ils aient les outils pour comprendre notre environnement et être capables de critiquer, par exemple, une information provenant d'une intelligence artificielle.

L'objectif est que les élèves développent un état d'esprit pour comprendre ce qu'ils font. En France, nous développons un domaine éducatif qui utilise le numérique qui fonctionne bien : l'éducation aux médias et à l'information. Cette démarche fait partie intégrante des thématiques d'EASYTIS. Par exemple, les enfants travaillent avec des web TV et des web radios pour analyser l'actualité et créer des émissions. Cela les oblige à travailler diverses compétences : la collaboration, la communication, la créativité et, surtout, l'esprit critique.

Quels sont, selon vous, les nouveaux défis auxquels les écoles devront faire face en matière d'enseignement des STIAM, et comment EASYTIS prévoit-elle de les accompagner ?

Les défis à venir sont multiples. Chez EASYTIS nous ne travaillons pas seuls ; nous collaborons étroitement avec le système éducatif, mais aussi de nombreuses collectivités. Nous nous appuyons aussi sur le travail des formateurs en numérique, comme les ERUN (formateurs numériques du premier degré), les conseillers pédagogiques, ainsi que les services du ministère de l'Éducation nationale, notamment la Direction du Numérique Éducatif (DNE) les équipes académiques (DRANE, DAN, DSDEN) et aussi le réseau Canope . Ces partenariats sont essentiels.

Par exemple, nous avons collaboré à la mise en place d'un kit robotique pour les classes de CM1-CM2, un projet qui a impliqué l'UGAP et qui a permis de distribuer des robots dans plus de 1 200 circonscriptions à la fin de l'année scolaire dernière. Ce kit permet entre autres de travailler sur des matières comme le langage, les mathématiques, ou encore les sciences, et pas seulement sur le codage. Ce projet, entre l'UGAP, le ministère de l'Éducation nationale et la DNE, qui permet aux E-RUN de sensibiliser les enseignants à des nouvelles pratiques tels que l'usage de robots avec les élèves, est une illustration parfaite de ce qu'est un produit STIAM.

Quels conseils donneriez-vous aux responsables d'établissements scolaires et aux acteurs de l'éducation pour maximiser l'impact des STIAM dans les écoles ?

Je pense qu'il est essentiel que ces enjeux soient repris au niveau politique et qu'il se crée un projet national coordonné pour l'innovation à l'école. Ce projet pourrait s'appuyer sur les compétences existantes, comme les équipes du ministère et le réseau Canopé, pour créer une dynamique collective.

Il est également crucial d'investir dans la formation des enseignants et de leur donner la liberté de choisir les matériels adaptés à leurs classes. Qu'il s'agisse de STIAM ou d'autres outils, les enseignants doivent pouvoir évaluer et sélectionner ce qui convient le mieux à leurs besoins pédagogiques. Le concept du "compte ressource" pour permettre aux enseignants de gérer un budget dédié à l'achat d'outils innovants est une bonne initiative à développer. Enfin, il est important d'encourager la participation des enseignants aux salons du numérique, pour qu'ils puissent se tenir informés des innovations et enrichir leur pratique.

Que peut-on retenir de l'impact d'EASYTIS et des STIAM sur l'avenir de l'éducation en France ?

Même si nous sommes une petite structure, nous avons l'impression de participer à un mouvement plus large. Nous avons une bonne écoute des enseignants et des responsables politiques que nous rencontrons. Notre message est simple : nous ne sommes pas des "pros numériques" mais des défenseurs de l'innovation pédagogique dans le but de faire progresser les élèves. Il faut rendre l'élève plus actif dans son apprentissage, que ce soit avec ou sans numérique.

Nous ne cherchons pas à imposer l'usage du numérique, mais à proposer aux enseignants des outils qu'ils choisissent d'utiliser en fonction de leurs besoins et des compétences à développer chez leurs élèves. À notre échelle, nous sommes satisfaits de notre présence sur le terrain et de la reconnaissance croissante d'EASYTIS. Grâce à notre partenariat avec l'AGEEM, nous avons réussi à toucher les enseignants de maternelle, qui sont de plus en plus nombreux à utiliser nos produits, comme les murs sonores interactifs et les tableaux bavards. Ces outils ne sont pas très coûteux. L'impact d'EASYTIS et des STIAM est donc tangible, même si nous avons encore du travail à faire pour être connus de tous les enseignants. Mais nous sommes convaincus que l'innovation scolaire est un axe central pour l'avenir de l'éducation en France.